Posté(e) le 6 octobre 2025le 6 oct. comment_1221816 Si vous êtes un puriste BMW, de ceux qui frémissent au son d’un six-en-ligne ou qui dissèquent les courbes d’une E30 M3 comme un archéologue fouille une tombe pharaonique, alors le nom S70/2 vous fait frissonner. Ce n’est pas un simple code moteur – c’est une légende gravée dans l’aluminium : un V12 atmosphérique de 6,1 litres, conçu sur mesure par BMW M pour Gordon Murray et la McLaren F1.Souvent considéré comme le meilleur moteur jamais créé par BMW, il n’a propulsé que 106 voitures de route. Dans cet article, on plonge dans son histoire, ses entrailles, ses performances et ses mythes. Accrochez-vous : on va rouler à 386 km/h — en théorie, mais presque en pratique.L’Histoire d’un Défi Fou : De l’Idée de Murray à la Magie de RoscheTout commence en 1988, quand Gordon Murray, l’ingénieur sud-africain derrière les monoplaces de F1 Brabham et McLaren, imagine la voiture de route ultime. Trois places (pilote au centre, deux passagers en retrait), un poids plume, et surtout un moteur atmosphérique, pour une réponse instantanée. Murray approche Honda, avec qui McLaren domine alors la F1, pour un V10 ou V12 de 4,5 litres et environ 550 ch. Les Japonais refusent. Isuzu aussi, malgré un essai préliminaire.C’est alors que Murray contacte Paul Rosche, le légendaire motoriste de BMW Motorsport, connu pour le V10 turbo Brabham-BMW de F1 et le quatre-cylindres S14 de la M3 E30. Rosche accepte le défi : concevoir un moteur atmosphérique sur mesure, sans compromis, en moins de 18 mois.En 1990, lors d’une rencontre à Goodwood, Rosche propose un prototype dérivé du M70 — le V12 de la Série 7 E32. Murray, intransigeant, exige un moteur entièrement repensé. BMW relève le gant. L’objectif : un V12 léger, compact et fiable, qui respire comme un moteur de course. Le résultat : le S70/2, un 6,1 litres qui dépasse toutes les attentes. Murray dira plus tard :« J’ai demandé 550 chevaux, Paul m’en a donné 627. »Avant la McLaren F1, un mulet d’essai insolite fut créé : une BMW M5 Touring E34 abritant le prototype du S70/2. Cette familiale de test, aujourd’hui exposée à Munich, a parcouru des milliers de kilomètres pour valider le bloc dans le secret le plus absolu.Entre 1990 et 1992, une centaine d’ingénieurs BMW travaillent d’arrache-pied sur le projet. Le moteur est assemblé à la main à Munich, et chaque unité est minutieusement testée avant livraison. Le résultat final n’est pas seulement un moteur — c’est un manifeste technique.Spécifications Techniques : Un Chef-d’Œuvre d’IngénierieLe S70/2, c’est l’opposé des V12 modernes bardés d’hybridation. Il incarne la pureté mécanique, avec une sophistication sans assistance électronique excessive.Architecture : V12 à 60°, 6 064 cm³. Alésage x course : 86 mm x 87 mm.Bloc et culasses en aluminium, carter d’huile et couvre-culasses en magnésium.Poids total : 266 kg à sec — un exploit pour un moteur de cette taille.Distribution : Double arbre à cames en tête (DOHC) par rangée, 4 soupapes par cylindre.Le système VANOS (Variable Nockenwellen Steuerung) ajuste le calage de l’arbre d’admission, optimisant le couple à bas régime et la puissance à haut régime.Alimentation : Aspiration naturelle, avec 12 papillons individuels — un par cylindre — offrant une réponse quasi télépathique.Injection séquentielle gérée par Bosch Motronic 1.7, avec un injecteur principal et un secondaire par cylindre, pour une atomisation optimale.Rapport de compression : 11:1.Lubrification et Refroidissement : Carter sec de 8 litres, indispensable pour un centre de gravité bas et une lubrification constante en virage.Refroidissement liquide, échappement en Inconel recouvert de feuille d’or 24 carats pour protéger le châssis carbone de la chaleur — un détail devenu mythique.Régime et Comportement : Régime maxi de 7 500 tr/min (jusqu’à 8 300 sur prototypes).Courbe de couple linéaire et montée en régime d’une onctuosité unique.Chaque moteur est monté à la main, signé par son technicien, et testé individuellement avant livraison à Woking.Performances : Quand la Physique Devient PoésieInstallé dans la McLaren F1 (1 138 kg à sec, 1 250 kg en ordre de marche), le S70/2 délivre :Puissance : 627 ch (461 kW) à 7 400 tr/minCouple : 650 Nm à 5 600 tr/min0–100 km/h : 3,2 s0–200 km/h : 6,3 sVitesse de pointe : 386,4 km/h (record mondial pour une voiture atmosphérique jusqu’en 2019)À ces vitesses, le moteur reste étonnamment docile : il pouvait cruiser à 2 000 tr/min sur autoroute, puis hurler jusqu’à 7 500 comme une F1.Son timbre ? Un crescendo métallique : rauque, vibrant, puis strident, digne d’un opéra mécanique.En compétition, la version S70/3 (dérivée et allégée, environ 600 ch) propulsa la McLaren F1 GTR vers la victoire aux 24 Heures du Mans 1995, une performance historique pour une voiture dérivée de la route.Anecdotes et Légendes : L’Âme BavaroiseLe S70/2 n’est pas seulement une prouesse technique, c’est une histoire d’hommes.Paul Rosche, décédé en 2016, était un ingénieur d’un autre temps : fidèle à ses carnets, à son instinct, et à sa pipe. Il privilégiait la précision empirique aux simulations numériques, confiant dans son oreille et son toucher.Les essais sur le mulet M5 E34 se faisaient de nuit, pour éviter les curieux. On raconte qu’une de ces voitures dépassa les 300 km/h sur l’autobahn, déguisée en simple break familial.Une autre anecdote : lors d’un test au banc, un prototype explosa après des heures à plein régime. Rosche fit découper le carter au chalumeau pour en inspecter chaque cm² — un rituel de perfectionniste, pas une défaite.Et cette rumeur persistante : Rosche aurait volontairement surdimensionné le moteur pour “éclipser” le V12 Mercedes M120 de la Pagani Zonda. Officiellement faux, mais le mythe persiste, et les amateurs adorent y croire.Héritage : L’Ombre Longue du S70/2Le S70/2 n’a pas de descendance directe. BMW s’est orienté vers des V8, puis des moteurs hybrides.Mais son ADN vit encore, notamment dans le N74 des Série 7 et Rolls-Royce, et dans l’esprit des ingénieurs M.Le S70/2 représente le sommet de l’ère analogique : un moteur conçu sans compromis, pour une machine sans équivalent.Aujourd’hui, une McLaren F1 s’échange entre 20 et 30 millions d’euros, et un moteur seul atteint parfois le million aux enchères.Chez BMW, il reste célébré comme le plus grand moteur bavarois. Des répliques miniatures sont encore produites, preuve que sa légende dépasse l’automobile.Pourquoi le S70/2 Nous Hante EncoreLe S70/2 n’est pas un moteur. C’est une âme mécanique.Conçu par passion, forgé dans l’amitié entre Murray et Rosche, il incarne tout ce que BMW savait faire de mieux : rigueur, émotion, folie.Si un jour vous entendez une McLaren F1 démarrer, écoutez attentivement : ce n’est pas qu’un V12. C’est la Bavière qui chante un monde disparu — celui où la mécanique était encore un art.Roulez bien, et vive M ! Signaler
Posté(e) le 7 octobre 2025le 7 oct. comment_1221838 Défi technique, concurrence exacerbée entre motoristes, ingénieur(s) exceptionnel(s), aventure humaine...quelle époque formidable. En être spectateur était unique, y participer devait être exceptionnel Signaler
Posté(e) le 7 octobre 2025le 7 oct. comment_1221853 J'étais au Mans en l'année où la F1 GTR noire a gagné 🤩😍 En fait, si on résume, le S50B30 est presque un demi S70 😁 Signaler
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