Posté(e) le 3 octobrele 3 oct. comment_1258517 Sujet initialement rédigé par Rouffian en 2007, entièrement réécrit en octobre 2026. Ce sujet est informatif et ne remplace pas l'avis d'un avocat en droit routier.La réponse courte : non. Dès qu'une décision vous retirant le droit de conduire vous a été notifiée, conduire est un délit, même si vous la contestez. Les "trucs" qui circulaient il y a vingt ans (refuser le recommandé, ne pas aller chercher son permis, rouler pendant le recours) ne fonctionnent plus ou n'ont jamais été une protection sérieuse.1. Cinq mesures à ne pas confondreRétention : les forces de l'ordre retirent le permis sur place, pour quelques jours.Suspension administrative : décidée par le préfet, en attendant le jugement.Suspension judiciaire : peine prononcée par le tribunal.Invalidation : solde de points à zéro, notifiée par la lettre « 48SI ».Annulation judiciaire : peine prononcée par le tribunal, il faut repasser le permis.2. La rétentionLa rétention dure 72 heures au maximum, portée à 120 heures si des vérifications en laboratoire sont nécessaires pour l'alcool ou les stupéfiants. Le délai court à partir de la notification de la rétention. Elle intervient notamment en cas d'alcoolémie délictuelle, de stupéfiants, d'excès de vitesse de 40 km/h ou plus constaté avec interception, ou de téléphone tenu en main combiné à une autre infraction.Si aucun arrêté de suspension n'a été pris à l'issue du délai, le permis est remis à disposition au service indiqué sur l'avis de rétention, pendant les douze heures qui suivent.3. La suspension administrative (préfet)Durée. Six mois maximum, portés à un an en cas d'atteinte involontaire à la vie ou à l'intégrité d'une personne, d'alcool, de stupéfiants, de refus d'obtempérer ou de refus de vérifications (article L224-8 du Code de la route).Nouveauté 2025. Depuis le 11 juillet 2025, en cas d'alcool ou de stupéfiants, la suspension n'est plus une simple faculté : le préfet doit la prononcer.Prise d'effet. La suspension prend effet à la notification, le plus souvent par lettre recommandée. Aucun délai légal n'encadre l'envoi : la décision doit être prise dans les 72 ou 120 heures, mais le courrier peut arriver plus tard.Pas de permis blanc. La suspension administrative ne peut pas être aménagée en « permis blanc ». Seule exception utile : pour l'alcool, le préfet peut, depuis 2019, proposer la pose d'un éthylotest antidémarrage (EAD) à vos frais comme alternative à la suspension.Recours. Le recours gracieux auprès du préfet et le recours devant le tribunal administratif (dans les deux mois) ne suspendent pas la mesure. Pour pouvoir reconduire en attendant, il faut obtenir un référé-suspension, qui suppose deux conditions : l'urgence et un doute sérieux sur la légalité de la décision.Fin de la mesure. La suspension judiciaire ne se cumule pas avec la suspension administrative : le juge tient compte de la durée déjà effectuée. Et le Conseil d'État a rappelé en 2025 que la suspension cesse automatiquement en cas de non-lieu ou de relaxe (CE, 10 juillet 2025, n° 497049).Récupérer le permis. Après une suspension pour alcool ou stupéfiants, une visite devant la commission médicale (avec prise de sang) est obligatoire. Pour les autres infractions, une visite chez un médecin agréé est exigée si la suspension dépasse un mois, et des tests psychotechniques s'y ajoutent au-delà de six mois.4. La suspension judiciaire (tribunal)Une suspension prononcée par le tribunal ne s'applique qu'une fois le jugement définitif. Tant qu'un délai de recours est ouvert (appel ou opposition : 10 jours ; pourvoi en cassation : 5 jours francs) ou qu'un recours est en cours, elle n'est pas exécutoire. Attention : si une suspension administrative court en parallèle, elle, s'applique.Le « permis blanc » au sens ancien (permis rendu en semaine, remis le week-end) n'existe plus. Le juge peut parfois limiter la suspension à la conduite hors activité professionnelle, mais cette possibilité est exclue pour les infractions les plus graves (alcool, stupéfiants, conduite malgré suspension notamment).5. L'invalidation pour solde de points nul (lettre 48SI)La notification. C'est ici que le vieux conseil de « ne pas aller chercher le recommandé » est le plus dangereux. Si le pli n'est pas retiré, la notification est réputée intervenue le jour de la délivrance de l'avis de passage. Refuser ou ignorer le courrier ne vous protège donc pas.Les conséquences. La 48SI enjoint de restituer le permis sous 10 jours à la préfecture. Il faut ensuite attendre 6 mois avant de le repasser, un an si une invalidation a déjà eu lieu dans les cinq années précédentes.Le recours. La contestation devant le tribunal administratif doit être engagée dans les deux mois suivant la réception de la 48SI, ou à compter du jour où vous en avez eu connaissance lors d'un contrôle. Comme pour la suspension, seul un référé permet de reconduire pendant la procédure. L'intérêt d'un recours gagné est réel : on évite de repasser le code et on conserve l'ancienneté du permis, donc des primes d'assurance plus raisonnables.Le piège classique : payer l'amende. Payer une amende forfaitaire vaut reconnaissance de l'infraction et déclenche le retrait de points. Quand on est proche de zéro, il faut réfléchir (et idéalement consulter) avant de payer, et penser au stage de récupération de points, possible une fois par an.6. Et si je conduis quand même ?C'est un délit. Conduire malgré une suspension est passible de deux ans d'emprisonnement, 4 500 € d'amende, d'un retrait de 6 points et de la confiscation du véhicule. La conduite malgré invalidation (article L223-5) est également un délit, avec peines complémentaires. Surtout, en cas d'accident, votre assureur peut refuser de vous couvrir : vous paierez les dégâts de votre poche, y compris corporels.Il est exact que si l'invalidation est annulée a posteriori par le tribunal administratif, vous ne pourrez pas être condamné pour conduite malgré invalidation. Mais c'est un pari sur l'issue d'une procédure qui dure souvent des mois, voire des années. Le perdre coûte infiniment plus cher que l'attente.7. Ce qu'il faut faire, concrètementVérifier son solde de points sur le téléservice officiel du ministère de l'Intérieur, et demander son relevé d'information intégral pour connaître les dates exactes de notification.Ne jamais ignorer un recommandé : il produit ses effets que vous l'ouvriez ou non.Faire un stage de récupération de points avant d'atteindre zéro, et même pendant une suspension.Consulter un avocat en droit routier dès qu'une suspension ou une 48SI tombe : les délais de recours sont courts et le référé se joue sur des arguments techniques.Sources officielles : service-public.gouv.fr (fiches « Rétention du permis de conduire », « Suspension administrative », « Invalidation du permis ») et Légifrance (Code de la route, articles L223-5, L224-1 à L224-18 ; loi n° 2025-622 du 9 juillet 2025).Merci à Rouffian pour la version originale de ce sujet, qui a rendu service à des milliers de membres depuis 2007. Signaler
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